Maladie d’Alzheimer : des fongicides impliqués ?

13 Fév 2020Blog, SDHI

En hausse du fait du vieillissement de la population, la maladie d’Alzheimer semble liée à plusieurs facteurs de risque environnementaux, dont l’exposition à certains métaux lourds (aluminium, plomb, mercure) et la pollution de l’air. Quant aux pesticides, le lien semble plus ténu.

En 2003, une étude française révélait un risque multiplié par 2,39 chez les personnes exposées professionnellement aux pesticides, en particulier les organochlorés et les organophosphorés. Des travaux américains, publiés en 2014, révélaient la présence accrue de DDE (métabolite du DDT) dans le cerveau et le sang de personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer.

Plus récemment, des chercheurs parisiens ont sonné l’alarme sur les fongicides SDHI, qui pourraient favoriser des maladies d’origine mitochondriale, dont la maladie d’Alzheimer. Or de nouveaux travaux, publiés dans EHP par l’équipe de Véronique Perrier, directrice de recherche CNRS travaillant au laboratoire MMDN (université de Montpellier, Inserm, EPHE [i]), semblent aussi pointer un risque, cette fois-ci avec les anilinopyrimidines, autre famille de fongicides.

Dans près de 40 % des fruits

Les résidus de ces pesticides sont parmi les plus abondants dans notre alimentation : lors de l’étude EAT2 (Étude de l’alimentation totale) publiée en 2011 par l’Anses [ii], 37,3 % des fruits analysés et 18,7 % des légumes comportaient des résidus de cyprodinil. Quant au pyriméthanil, il était présent dans 17,3 % des fruits et 12,7 % des légumes.

Lors de ses études EXPPERT, Générations futures a pour sa part retrouvé du cyprodinil dans 29,5 % des fraises analysées. Pire, sur les 15 marques de muesli analysées en 2016 par l’association, 73,3 % comportaient du cyprodinil, 100 % du pyriméthanil.

A l’origine de l’intérêt de Véronique Perrier et ses collègues pour ces fongicides, les chercheurs ont découvert, en 2018, qu’un biopesticide, en l’occurrence un herbicide naturellement produit par les œillets d’Inde, favorisait l’agrégation des protéines prions dans le cerveau de la souris. Or cette substance présentait une grande ressemblance avec les anilinopyrimidines.

Un effet pro-agrégant

Les chercheurs se sont cette fois-ci intéressés à la maladie d’Alzheimer, qui se caractérise aussi par l’agrégation de protéines anormalement repliées, sous forme de plaques amyloïdes. D’abord menées in vitro, leurs expériences montrent que les trois fongicides étudiés (cyprodinil, pyriméthanil, mépanipyrim) favorisent l’agrégation du peptide A?1-42, phénomène à l’origine des plaques amyloïdes.

Les chercheurs ont ensuite administré à des souris un cocktail contenant les trois fongicides, chacun dilué à la concentration de 0,1 µg/L [iii], pendant 9 mois. Comparés à des animaux contrôle, non traités, ces souris présentaient une inflammation cérébrale accrue, ainsi qu’une nette hausse de l’agrégation amyloïde, aussi bien en termes de nombre que de taille des plaques. Entre 6 et 9 mois, le volume des agrégats amyloïdes était multiplié par 18, par rapport aux contrôles.

Cet effet n’était toutefois significatif que chez des souris J20, modèle d’étude d’Alzheimer, et non chez des souris « sauvages ». Ce qui, selon Véronique Perrier, suggère que les pesticides n’ont d’effet que lorsque « le processus de la maladie est enclenché ». Selon la chercheuse, les pesticides, en particulier les fongicides de la famille des anilinopyrimidines, « pourraient constituer un facteur de risque supplémentaire » de la maladie d’Alzheimer.

 

[i] MMDN : Mécanismes moléculaires dans les démences neurodégénératives. Inserm : Institut national de la santé et de la recherche médicale. EPHE : École pratique des hautes études. CNRS : Centre national de la recherche scientifique.

[ii] Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

[iii] Il s’agit là de la concentration maximale admise dans l’eau du robinet : 0,1 µg/L par résidu, 0,5 µg/L en cocktail.

Source : euractiv.fr